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Tribune – Marie-Christine Ribera, directrice générale du CEFS.

Pour recycler une formule célèbre : « trop d’étiquetage tue l’étiquetage ». Les règles d’étiquetage des denrées alimentaires au sein de l’UE ont été adoptées dans le grand paquet de directives ayant conduit à la création du Marché unique européen. On parle ici des années 1990. A cette heureuse époque où tout était plus simple, l’étiquetage devait préciser le poids, la teneur calorique par 100 gr, la teneur en protides, glucides et lipides. C’était tout et c’était suffisant. Suffisant pour comprendre l’essentiel de la valeur nutritionnelle d’un produit avec peu de mots et une parfaite lisibilité.

 

Les premières complications sont rapidement venues avec la double indication de la teneur calorique en calories et en kilos-joule. Est-ce nécessaire ? Qui comprend la différence ? Puis – et notamment aux Etats-Unis – l’indication d’une teneur calorique « per serve » (par portion). La portion réelle étant largement supérieure à la portion indiquée, ce système supposé éclairer le consommateur constitue une tromperie.

 

Alors que dans le passé seuls les ingrédients comptant pour au moins 5% du poids du produit devaient être mentionnés, tout désormais doit figurer sur l’étiquette : ingrédients, colorants, additifs, … rendant celle-ci non seulement incompréhensible, mais en outre illisible surtout dans les pays comme la Belgique avec plusieurs langues nationales. Dans de nombreux cas, même avec une loupe les étiquettes sont illisibles et l’étiquetage ne remplit plus son rôle.

 

C’est sans doute la raison pour laquelle « on » a inventé les color codes. Pour faire simple, ils sont d’utilisation facultative, sont d’origine diverses (« Traffic Lights System au Royaume-Uni, NutriScore en France, Keyhole en Suède, …) et prétendent par un code de couleur orienter le consommateur vers le produit le plus sain. Chacun comprendra que le code vert est le plus sain, le jaune, l’orange sont considérés comme plus discutables en termes de nutrition. Quant au rouge : il est considéré comme un aliment « mauvais ».

 

Le problème, justement, est qu’il n’y a pas « d’aliments mauvais » car l’alimentation doit s’analyser comme un équilibre avec pour objectif de tendre vers une diète alimentaire combinant en de justes proportions protides, lipides, glucides, vitamines, avec un apport calorique adapté aux rythmes de vie et aux besoins énergétiques correspondant.

 

Les limites des systèmes de « color codes » trouvent rapidement leur origine quand on pose la question suivante « Quel code affectez-vous à un pot de confiture ? » ou à une tablette de chocolat. Soit la réponse est « je ne sais pas », soit elle est « rouge » car il s’agit ici de produit à forte teneur en sucre donc caloriques. Mais qu’y a-t-il de commun entre manger devant son poste de télévision un pot entier de confiture ou préparer au petit déjeuner une biscotte avec une fine couche de beurre/margarine et de confiture ? Le pot de confiture entier est une mauvaise pratique, la biscotte une bonne pratique nutritionnelle.

 

Ainsi les « color codes » en apparence si commodes sont particulièrement trompeurs. Le problème n’est pas d’informer trop (l’étiquetage) ou pas assez (les color codes), mais d’informer juste. Cette juste information consisterait à revenir aux fondamentaux de l’étiquetage associés à une meilleure éducation du consommateur. C’est tout un débat qu’il faudrait relancer au niveau de l’UE. Mais c’est un débat important justifiant un dialogue constructif entre les producteurs, les industries et les consommateurs.

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