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Glyphosate: le scandale enfle

Post en tant qu’invité par Marcel Kuntz, directeur de recherche au CNRS

 

Une tribune d‘Euractiv (https://www.euractiv.com/section/agriculture-food/opinion/from-the-monsanto-papers-to-iarc-gate-a-glyphosate-story/) a déjà révélé les soubassements de la campagne d’interdiction du glyphosate. Ces faits, mis au jour en juillet 2017, ne semblent pas avoir touchés le personnel politique européen. Ont-ils besoin de plus d’éléments ? Eh bien justement, il y en a…

Résumé des épisodes précédents
Il existe de sérieux soupçons de comportement non-éthiques au sein du groupe de travail sur le glyphosate du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Comme tout le monde le sait maintenant, le CIRC a classé le glyphosate comme un «cancérogène probable». Ce que la presse mentionne rarement, c’est que cette opinion a été contredite par une douzaine d’autres autorités scientifiques. Il est apparu lors des audiences d’un tribunal aux États-Unis que plusieurs personnes impliquées dans le rapport du CIRC ont des liens financiers avec des cabinets d’avocats. Ces dernier étant impliqués dans des procès contre un producteur de cet herbicide en mettant à profit le classement du CIRC.

Nouvelles pièces du scandale
Une enquête de Reuters (http://www.reuters.com/investigates/special-report/who-iarc-glyphosate/) indique que le rapport sur le glyphosate a été modifié à la dernière minute et que ces changements ont modifié l’équilibre en faveur d’un classement «probablement cancérogène» par rapport à la version antérieure.
Un autre aspect connu du scandale concerne le fait que le CIRC n’ait pas examiné la plus grande étude épidémiologique sur le glyphosate. Cette étude de santé agricole (AHS) est maintenant (enfin) accessible (https://academic.oup.com/jnci/article/doi/10.1093/jnci/djx233/4590280) permettant à chacun de noter qu’il n’y a pas de relation entre glyphosate et lymphome non-hodgkinien (le cancer que le CIRC a le plus retenu dans son rapport). Étonnamment, un cabinet d’avocats américain s’est ingéré dans le débat en faisant pression sur la Commission européenne, le Parlement et les États membres contre l’étude AHS (https://www.politico.eu/wp-content/uploads/2017/11/Letter20Re20Expert20Reports.pdf).
La publication de certains courriels au cours de l’événement judiciaire susmentionné suggère des liens conspiratifs triangulaires (membre du groupe de travail du glyphosate du CIRC, politicien vert et journaliste activiste) contre le glyphosate. (http://seppi.over-blog.com/2017/11/les-portier-papers-stephane-foucart-et-le-circ.html). Peut-être pas illégal, mais est-ce bien éthique?

Une enquête est nécessaire
Les réponses que chaque citoyen européen a le droit de recevoir sont évidentes.
Pourquoi la publication scientifique de l’étude AHS a-t-elle été tellement retardée? Pourquoi ses conclusions n’ont-t-elles pas été prises en compte par le CIRC, alors qu’au moins un membre de son groupe de travail sur le glyphosate connaissait ses résultats?
Pourquoi le CIRC refuse-t-il de publier ses documents internes sur ses réunions concernant le glyphosate?
Y-a-t-il d’autres niveaux de complicité au sein du CIRC avec l’affairisme d’avocats spécialisés qui a émergé après sa classification du glyphosate? Une telle activité a-t-elle déjà été déclenchée par les précédentes classifications du CIRC?
Pourquoi les politiciens européens, dont ceux du Parlement européen, n’ont-ils pas réussi à protéger leurs concitoyens d’une telle campagne de peur (et ce n’est pas la seule!)? Faut-il considérer que nos Elus ne sont plus capables de faire la différence entre ce qui est vrai et ce qui est faux?

Oui, une enquête officielle sur le CIRC est nécessaire. Mais la question est : qui va mener une telle enquête si trop de dirigeants européens se sont abandonnés à la Post-Vérité ? C’est-à-dire une construction fictive et crédule, avec ses ennemis imaginaires, ses faux-prophètes et ses profiteurs, conduisant à une frénésie destructrice de secteurs entiers de l’économie.

 

Marcel Kuntz est directeur de recherche au CNRS, médaille d’or 2017 de l’Académie d’Agriculture de France. Il n’a pas de revenu lié à la commercialisation ou l’utilisation du glyphosate, ni de contrat de recherche sur ces thèmes.

 

 

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