The Guest Blog

Naufrage et langue de bois

Un blog de notre invitée Véronique Likforman, Secrétaire Générale, DLF Bruxelles-Europe.

L’Europe pourrait couler, les Européens ne l’écoutent plus ; et presque personne ne se demande s’il ne faudrait pas leur parler une langue qu’ils comprennent : la leur.

L’Europe, vingt-quatre langues officielles. Plutôt que s’exprimer chacun dans la sienne pour être parfaitement compris des citoyens de leur propre pays – et pour les autres laisser interprètes et traducteurs faire leur travail, c’est-à-dire leur transmettre dans une langue correcte et claire les discours prononcés – nos dirigeants actuels, futurs ou potentiels parlent à l’Europe un mauvais anglais, une langue pauvre dont le seul avantage si l’on peut dire est de gommer nuances et originalité.

Même sans tout comprendre, regarder et écouter quelqu’un qui parle sa langue maternelle permet grâce aux intonations, aux expressions (aux lapsus !) d’évaluer la sincérité du discoureur ; ou au moins d’avoir une chance de le faire.

Avec le globish, quelques uns de nos politiques n’ont plus à se surveiller ni à faire de gros efforts pour ne pas être compris, ils disposent d’une langue de bois toute trouvée. Les autres suivent, volontairement ou pas. Leurs discours, dans une langue pauvre qu’ils maîtrisent mal, ne peuvent ni convaincre ni intéresser leurs auditeurs : étonnant de voir les Européens se détourner en si grand nombre de l’Europe, vraiment ?

S’exprimer dans une langue qu’on connaît mal quand il s’agit du destin de millions d’individus, c’est pis qu’une erreur, c’est une faute commise trop souvent.

Ceux qui parlent un anglais excellent, y compris de plus en plus d’anglophones indigènes, ne s’en servent pas toujours pour le commun des mortels : ils s’adressent aux Européens avec un mépris le plus souvent inconscient, dans un langage simplifié que tous, croient-ils, peuvent comprendre.

Faux ! Plus de la moitié des Européens ne comprennent pas l’anglais, le reste comprend un peu, ou trop bien, qu’on leur tient des propos vides de sens la plupart du temps.

Combien de fois faudra-t-il dire et redire que la pensée et le langage sont intimement liés, que l’un ne va pas sans l’autre, qu’il est impossible de tenir un discours construit sans langage structuré, de formuler des idées fortes sans les mots pour les dire ?

En 2008, Abdou Diouf prévenait déjà : “L’Union n’avancera pas sans ses peuples. Les peuples de l’Union n’avanceront pas sans leurs langues et cultures, c’est-à-dire sans leur identité.”

Hélas ! Ils ont une langue mais ne la parlent pas ; et ne risquent pas d’entendre, ils n’écoutent pas.

Tweet about this on TwitterShare on Facebook0Share on Google+0Share on LinkedIn0
Author :
Print