The Guest Blog

Laure Roussel est une étudiante en dernière année d’architecture se destinant à la fonction publique territoriale.

Nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère technologique, dans laquelle des zones qui ne pouvaient accueillir d’activités humaines structurées, et donc de vie, faute de puissance, seront désormais accessibles. A l’origine de cette petite révolution deux évènements technologique liés : la démocratisation des systèmes de production électrique à partir d’énergies renouvelables et l’explosion des capacités de stockage d’électricité.
Pouvons-nous devenir tous producteurs d’électricité ? La question prêtait à sourire il y a encore peu, mais sur les cinq dernières années, les capacités de production électriques des petites unités (éoliennes individuelles ou toitures photovoltaïques, par exemple) se sont considérablement renforcées. Par contre, le caractère intermittent de ces productions impose aussi de progresser en capacités de stockage. C’est à ce défi que s’attelle aujourd’hui le monde industriel, dans le contexte très favorable de prix en baisse.

Etre indépendant du réseau

Les porte-avions, les robots lunaires ou martiens ainsi que les sous-marins ont été les premiers à mettre les ingénieurs sur le coup. Comment assurer une activité durable sans source d’énergie à proximité, avec laquelle recharger ses appareils ? Les porte-avions devaient stationner en mer pendant des mois, tout en maintenant leur capacité opérationnelle. Les sous-marins perdaient leur furtivité en devant remonter à la surface pour recharger leurs batteries. Enfin, les robots spatiaux évoluent à des centaines de milliers, voire de millions, de kilomètres de la terre. Ces trois catégories ont fait le choix en leur temps de la technologie nucléaire, mais il est très improbable que ce choix soit un jour transposé chez des particuliers ou au sein d’entreprises. Certes la technologie permet une grande autonomie énergétique pour un faible volume embarqué. Mais le nucléaire a ses limites : sécurité, coûts de fabrication (avec d’immenses investissements nécessaires) mais aussi considérations environnementales. « Le nucléaire ne fait pas bon ménage avec l’éolien et le solaire, car le premier est trop constant et trop peu flexible pour compenser les variations rapides et peu prédictibles des autres énergies », ajoutait en 2012 Bernard Tardieu, alors président de la commission énergie et changement climatique. Et compte tenu de coûts de démantèlement et de traitement des déchets faiblement anticipés, il n’est pas sûr que cette technologie soit aussi bon marché que certains veulent bien le faire croire. Mais qu’importe : les ingénieurs travaillent maintenant depuis des décennies sur l’autonomie énergétique « non-nucléaire ». Si cette autonomie énergétique complète parait hors de portée pour la plupart des entreprises et des individus à brève échéance, nombre d’installations avec des conditions particulières peuvent d’ores et déjà s’installer dans de zones dépourvues de réseau électriques grâces aux progrès des capacités de stockage.

Produire et stocker

Le stockage d’énergie dispose pour l’instant essentiellement de deux champs d’application : le stockage résidentiel et son équivalent industriel. Lestockage résidentiel permet, pour une habitation disposant de moyens de production d’énergie autonome (éolienne, panneaux PV…), de « boucher les trous » dans la production énergétique. Que la source d’énergie soit éolienne ou photovoltaïque, la production n’est pas continue et chute soit en l’absence du vent ou pendant la nuit. Il faut donc « lisser » la quantité d’énergie disponible. Le stockage, notamment sou formes de batteries, est la solution qui s’impose, pour disposer d’électricité dès qu’il fait nuit ou que le vent faiblit. L’intérêt est multiple pour les particuliers : s’affranchir du réseau national et des charges qu’il représente (en France, chaque ménage dépense en moyenne 1400 euros en énergie par an), ou permettre la construction de résidences dans les zones les plus reculées (montagnes, îles…).
Le stockage en entreprises demande en général des unités de plus grande puissance, mais répond aux mêmes principes. Non seulement la dépense électrique peut moins peser sur le budget de la société mais, dans le cas des industries, elle permet de rendre son activité nettement plus autonome, en palliant les éventuelles coupures du réseau. Grâce à l’autonomie offerte par les systèmes de production/stockage, les ruptures d’activités si coûteuses pour les entreprises, sont éliminées. Dans les deux cas, résidentiel comme industriel, le stockage d’énergie permet d’alléger, voire de renforcer les capacités du réseau électrique, sachant que la consommation électrique augmente rapidement.

Une des clés du développement économique

Si en France l’accès à l’électricité nous semble une évidence, ce n’est pas le cas partout, loin de là. En donnant à chacun une source d’énergie fiable, peu coûteuse, autonome et propre, la situation économique de nombre de pays pourrait être améliorée en peu de temps. Les régions isoléespourraient être industrialisées et donc libérées du chômage endémique qui les caractérise souvent. Les régions seraient moins vulnérables auxdéstabilisations entre pays, qui utilisent parfois leur approvisionnement énergétique comme moyen de pression politique. « Jusqu’alors, l’absence d’accès à l’énergie limitait le développement économique de la communauté, en partie parce que nous ne pouvions pas conserver le poisson, notre principale source de revenus. L’électricité a tout changé », explique Oscar Edgardo Padilla, président du conseil d’administration d’une nouvelle installation hydroélectrique au Honduras.Toute ces opportunités reposent sur la démocratisation, l’amélioration, la diffusion – bref le renforcement global – du secteur de la production et du stockage d’énergie. Gilles Ramzeyer, directeur de la division stockage d’énergie de Forsee Power développe ce point : « Les batteries trouvent ici toute leur pertinence simplement parce qu’elles permettent de stocker l’énergie produite, mais non-utilisée au moment de sa production, explique le directeur de Forsee Power. L’indépendance suppose, elle, d’être capable de se passer intégralement du réseau de distribution, ce qui représente encore un challenge de taille, en tout cas en Europe. » Même pour les pays occidentaux, des situations très différentes peuvent cohabiter. Le responsable de Forsee Power précise encore : « La situation française dénombre par ailleurs des environnements très différents, selon que vous êtes en Métropole ou Outre-Mer. […] Outre-Mer, compte-tenu de coupures de courant régulières, le besoin d’autonomie est avant tout un besoin de continuité : il s’agit de prendre le relais lorsque le réseau s’avère défaillant. » L’impact des avancées en capacités de stockage d’énergie doit être pris dans son ensemble : il est économique, écologique, social, politique et humanitaire. Et c’est une dynamique industrielle en marche : nous assistons actuellement à une explosion des performances des batteries, avec des puissances et autonomie en nette hausse et des prix et des tailles en chute libres.

L’enjeu est de renforcer et soulager les réseaux électriques, qui peinent parfois à alimenter les régions les plus isolées. Le progrès du stockage d’énergie permettra au réseau lui-même de se fiabiliser, ainsi qu’aux logements et industries de moins « peser » dessus. Grâce aux avancées technologiques conjointes des constructeurs, ainsi que des intégrateurs qui mettent en œuvre les systèmes, la consommation moyenne des nouveaux bâtiments est en chute libre, certains bâtiments ayant même un bilan énergétique excédentaire ! Ils produisent plus d’énergie qu’ils n’en consomment et sont désignés par le terme BEPOS – Bâtiment à énergie positive. Côté consommation, donc, « l’enjeu, aujourd’hui, c’est la rénovation du parc existant », insiste Sébastien Lefeuvre, chargé de mission au sein de l’association Effinergie pour l’Observatoire BBC.

Qui sait ? Peut-être que la transition énergétique, tant chantée par les partis politiques européens, ne sera pas achevée par le haut, mais par le bas. Force est de constater que ce sont bien les entreprises et les industriels qui l’ont amorcée. La chaîne de valeur énergétique est en croissance sur chacun de ses maillons (batteries, unités de production individuelle, logiciels de pilotage des réseaux, compteurs intelligents, etc.). Les industriels vont aujourd’hui plus loin, et certains tels Forsee Power proposent également des solutions de financement en stockage d’énergie. Il y a donc fort à parier que les progrès industriels ouvriront, très prochainement, des nouveaux territoires à l’économie mondiale – avec la faculté d’industrialiser, électrifier et peupler des territoires qui étaient, jusqu’à présent, hors de portée.

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